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o sangue no cavalo

25 Février 2014, 13:44pm

Publié par Horizontes

traduction de l'extrait de " E si amanhã o medo" ("et si, demain, la peur") de Ondjaki,
éd
. Língua Geral 2010

Le cheval – et moi, brûlant de fièvre, la balle dans ma poitrine me coupe la circulation, je sens mon cœur glisser dans la danse de la mort. Le cheval poursuit sa course inexorablement, ma main caresse son poil court, la selle est trop serré et sa course effrénée déchire la nuit. Les lèvres humides, j'ai les pieds gercés et douloureux, la balle distille le froid dans ma poitrine et j'ai su que j'allais mourir heureux. Le vent m'a frappé le visage et en tombant j'ai senti venir mon dernier frisson – le sol s'est précipité sur mon nez et y assena un coup poussiéreux ; j'ai avalé du sang et du sable et, du sol ami, j'ai vu le cheval s'éloigner dans un galop circulaire. Il fit un cercle énorme, comme un tourbillonnement de queue et de crinière se pavanant pour moi seul.

J'ai vu le cheval décrire ce cercle qui le conduisait sur moi ; qui allait calcifier ma peau écrasée, répandre mon sang alentour, éclater ma bouche, broyer mon cœur avec la balle ; qui m’ôterait la douleur mère des larmes ; qui me laisserait sans pleurs, sans prières, sans cris, mais avec la seule contraction de la peur. À la fin de ce cercle, mon cheval - mon cheval humain, amical, tendre, timide, chaleureux, dépouillé et déharnaché – viendrait me piétiner avec force, instaurer ma mort, me l’offrir en un instant, sans hésitation ni cérémonie.

Mon cheval blessé de mon absence ; mon cheval qui sent encore la poudre ; mon cheval qui me cherche ; mon cheval sauvage et ses sabots durs ; mon cheval au dessus de moi dans l'obscurité plus obscure encore désormais.

Après la peur, le bonheur m'envahit. Le dernier rapport entre nous a été un contact étroit, l'extase d'une intimité – quoique ruadement (1) endurcie, quoique mortifère. À le voir galoper, émettre de ses naseaux des étincelles de vapeur, intimider le vent, sentir même l'odeur de mon sang surgir de ses sabots, j'ai alors pu respirer, plus que la mienne, la paix haletante de mon cheval. Alors que je retenais et utilisais ma dernière goutte d'oxygène, j'ai compris que ce cheval n'était pas à moi, que jamais je n'avais été son maître, et que ma mort allait lui offrir une belle ruade nocturne et inconsciente, mon sang éphémèrement coagulé sur ses sabots et la liberté aboutie et redoutée.

La liberté, oui : de ses sabots, de ses jours, des traversées à venir des eaux agitées nommées rivières.

notes

(1) ruadement : traduction de coicemente, adverbe inventé par Ondjaki à partir de "coice": ruade. En principe les adverbes se construisent à partir d'un adjectif, ici, l'auteur à transformé un nom commun en adverbe, néologisme que l'on pourra traduire par "ruadement"... en paraphrasant on pourrait écrire correctement "quoique endurcie sous les ruades", mais cela trahirait l'inventivité linguistique de l'auteur.

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